Anorexie mentale, boulimie, hyperphagie : les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont de vraies maladies, pas des caprices ni un manque de volonté, comme d'autres troubles faits d’obsessions et de compulsions. Ils touchent en France environ 600 000 personnes selon l'INSERM, avec une mortalité (toutes causes confondues) parmi les plus élevées de la psychiatrie. Reconnaître et orienter rapidement change radicalement le pronostic.
Les trois grands TCA
Anorexie mentale
Restriction alimentaire intense, peur intense de prendre du poids, perception déformée du corps (dysmorphophobie). Touche surtout les femmes (10 femmes pour 1 homme) entre 15 et 25 ans. Mortalité : 5 à 10 % à long terme (la plus élevée de toutes les pathologies psychiatriques). Causes pluri-factorielles : génétiques, neurobiologiques, psychologiques, dont parfois une anxiété persistante, socio-culturelles.
Boulimie nerveuse
Crises de prise alimentaire massives (« binges ») suivies de comportements compensatoires (vomissements provoqués, laxatifs, jeûne, sport excessif). Poids souvent normal. Honte et secret massifs. Touche 1 à 2 % des femmes adolescentes ou jeunes adultes.
Hyperphagie boulimique (« binge eating disorder »)
Crises de prise alimentaire sans compensation. Conduit à une prise de poids parfois massive. Reconnu comme trouble distinct depuis le DSM-5 (2013). Souvent associé à la dépression, à l'anxiété, et à un parcours de régimes répétés.
Les signes qui doivent alerter
- Perte de poids rapide ou refus persistant de manger en groupe.
- Disparition après les repas (vomissements cachés).
- Ruminations sur le poids, le corps, les calories.
- Découverte d'emballages alimentaires cachés en grande quantité.
- Aménorrhée (arrêt des règles) chez la femme.
- Activité physique compulsive, refus du repos.
- Isolement social, repli, irritabilité, perte d'intérêt scolaire.
- Signes physiques : émail dentaire altéré, pertes de cheveux, lanugo (duvet sur le dos), vertiges.
Pourquoi c'est urgent ?
Plus le trouble est ancien, plus il est difficile à traiter. À l'inverse, une prise en charge précoce (dans les 2 premières années) double les chances de rémission. Les complications somatiques de l'anorexie (atteinte cardiaque, ostéoporose, infertilité) peuvent être irréversibles si la dénutrition se prolonge.
La prise en charge pluridisciplinaire
Aucun TCA ne se traite seul. Le trio thérapeutique est :
- Médecin (généraliste, pédiatre, ou interniste) : suivi somatique, IMC, bilans biologiques, recharge nutritionnelle.
- Psychiatre ou psychologue : prise en charge psychothérapique. Approches validées : TCC-E (TCC enrichie pour TCA), thérapie familiale Maudsley pour les adolescents, thérapie focale psychodynamique.
- Diététicien-nutritionniste formé aux TCA : reconstruction du rapport à l'alimentation. Attention : un diététicien classique non formé aux TCA peut aggraver en se focalisant sur le contrôle.
L'hospitalisation : quand et pourquoi ?
Indiquée en cas de dénutrition sévère (IMC < 13 chez l'adulte), de complications médicales (bradycardie sévère, hypokaliémie), ou d'échec ambulatoire. Elle est ensuite relayée par un suivi en hôpital de jour, puis ambulatoire. Les unités spécialisées TCA en France : Cochin, Sainte-Anne, Lille, Lyon, Toulouse, et plusieurs autres CHU.
Pour les proches
Erreurs fréquentes : minimiser (« mange un peu »), forcer (« je ne te quitte pas tant que tu n'as pas fini »), surveiller (« combien tu as mangé ? »). Toutes renforcent la lutte. À l'inverse, quelques repères utiles pour les parents à l’adolescence :
- Nommer ce qu'on voit, sans focalisation alimentaire (« je m'inquiète parce que tu as l'air triste »).
- Encourager la consultation médicale (sans imposer le diagnostic).
- Se faire soutenir soi-même (groupes de proches, thérapie familiale).
Ressources
- Anorexie Boulimie Info Écoute : 0 810 037 037 (FFAB).
- Fédération Française Anorexie Boulimie (FFAB) : annuaire des professionnels formés.
- Centres de référence TCA dans les CHU (gratuit, file d'attente parfois importante).
- Mon Soutien Psy : 12 séances/an dès 3 ans, mais privilégier les psychologues formés aux TCA.
Un trouble alimentaire n'est pas un manque de volonté. C'est une maladie. Et comme toute maladie, plus elle est prise en charge tôt, plus elle se soigne bien.
Sources : INSERM, Anorexie mentale (2019). HAS, Anorexie mentale : prise en charge (2010, mise à jour 2021). DSM-5 (2013).